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Articles

Souvenirs goutte à goutte : l'éloge de l'ananas

Ce n'est pas le plus connu des films d'Isao Takahata ( Le Tombeau des lucioles , Pompoko ), mais ce n'est pas le moins beau. Souvenirs goutte à goutte  raconte l'enfance de la petite Takeo, dans le Japon des années 60.  Celle-ci a des rapports complexes avec la nourriture.  À la cantine de l'école, on n'a le droit de ne laisser qu'un seul des droits plats servis. La fillette cache alors les crudités dans son pain et le ramène discrètement à la maison. "Tu fais trop la difficile. Je préfère avoir une fille qui mange de tout plutôt qu'une fille qui ne se débrouille pas trop mal en rédaction" , lui reproche sa mère, inculquant déjà les préceptes de docilités de la jeune fille "bien comme il faut". À la cantine, Takeo s'arrange alors avec son voisin de table : elle lui troque ses navets et oignons, qu'elle déteste, contre son lait qu'il n'aime pas mais qu'elle apprécie. Se nourrir, c'est aussi...

Matrix : The sushi has you

The Matrix has you. C'est par cette phrase - traduite d'une VF à l'autre par Tu es dans la Matrice , ou La Matrice te tient  - que Morpheus interpelle Néo sur son ordinateur et marque le véritable point de départ du parcours initiatique de Néo. Un parcours où le spectacteur sera amené à réfléchir sur le choix, le doute, Dieu et tout un tas de questions philosophiques stimulantes. Mais Matrix  est également une trilogie où la nourriture tient une place de choix. D'abord, c'est par l'ingestion d'une pilule que Néo choisira de se libérer de la Matrice pour découvrir un monde où les humains servent de nourriture-carburant aux machines. Ensuite, lorsque le personnage de Cypher trahit Morpheus et son équipage dans le but de retourner dans la Matrice, il le fait en dégustant un steak en compagnie de l'agent Smith : "C'est drôle, je sais que ce steak n'existe pas, je sais que lorsque je le mets dans ma bouche c'est la Matrice qui dit à...

Les meilleures répliques sur la bouffe (3)

"On ne fait pas d'omelette sans casser des œufs !" Tyler Durden, Fight Club "Votre colin, avec ou sans patate ? - CENT PATATES !!!"  Les Trois frères   "Un café avec cinq pailles, madame !" Le Péril Jeune "Madeleine, je peux vous poser une question personnelle ?  - Qu'y a-t-il ? - Vous allez manger ces œufs ?  Desire "Vous n'avez rien contre les omelettes ? - Non. Rien du tout !"   Le Battant "BONNE BOUFFE !!!"  Les Anges Gardiens "J'ai envi de moules... Un bon gros plat de moules, plein de légumes, de jus, avec des frites !" Benoît Poelvoorde. C'est arrivé près de chez vous. "Manger des tripes sans cidre, c'est aller à Dieppe sans voir la mer !" Jean Gabin. Le Tatoué "T'avaleras des éclaires et tu chieras l'tonnerre, bon dieu !" Mickey, Rocky II "En général je suis pas fou de la boustifaille étrangère. Mais ce ...

Traîné sur le bitume : le temps de mastiquer

Dans ce formidable polar hard boiled, deux flics, (Mel Gibson & Vince Vaughn) dont les méthodes musclées leur ont valu un repos forcé, sont en planque dans une voiture. Ils surveillent un dealer notoire dans l'espoir de lui piquer le pactole. Au cinéma ou dans les séries, la planque des flics est souvent traitée de la même manière afin de représenter le temps qui passe : on s'échange des blagues graveleuses ou des commentaires sur désobligeants sur les bandits surveillés, on se plaint, on parle de sa famille, on enchaîne les clopes. Ou on bouffe. Avec  Traîné sur le bitume , le réalisateur S. Craig Zahler a la bonne idée d'utiliser la bouffe pour étirer le temps. Vince Vaughn sort de la voiture acheter deux salades aux œufs sur pain de seigle. Au plan suivant, les deux sont assis devant. Mel Gibson a déjà fini sa salade et Vince Vaughn est en train de terminer la sienne. Le plan fixe sur Vaughn mangeant lentement, avec pour seul bruit sa mastication, dur...

New York I Love You : la madeleine de Kevin Bacon

Étrangement coupé du montage final, These vagabond shoes  devait faire partie du film à sketchs New York I Love You . Son éviction est dommage, car le court-métrage, réalisé par Scarlett Johansson,  rehausse le goût un peu trop sirupeux de l'ensemble. Passons. Dans ces 9 minutes tournées en noir et blanc sépia, Kevin Bacon joue un pauvre homme vivant dans sa petite chambre. Après s'être habillé d'une chemise fatiguée et d'un manteau hors d'âge, il sort s'acheter des cigarettes et prend le métro jusqu'à Coney Island. Là, il se paye un hot-dog de la célèbre chaîne Nathan's famous. Puis, il s'assoit sur un banc de la jetée et engloutit son hot-dog. Le visage triste de Kevin Bacon semble se détendre. Ce n'est pas de la joie, non, plutôt une nostalgie bienheureuse. À quoi pense alors le vagabond ? L'orgue mélancolique de Philip Glass et le grand manège en arrière-plan donnent quelque indices. Chaque bouchée rappelle peut-être de...

5 scènes de frigo dans les films

Élément central de la cuisine, le frigo s'est taillé une place de choix dans de nombreux films. Inventaire : - Joker (2019, Todd Phillips) Pour se couper d'une société qui ne fait que le marginaliser, Arthur, en passe de devenir Joker, balance le contenu de son frigo pour se réfugier dedans, refermer la porte et ainsi se couper du monde. - Indiana Jones 4 (2008, Steven Spielberg) Dans le but de survivre à une explosion nucléaire imminente, Indy s'enferme dans le frigo, dont le doublage en plomb doit le protéger des radiations. Étonnamment, l'idée serait scientifiquement valide . - 9 semaines 1/2  (1986, Adrian Lyne) On en avait longuement parlé dans une précédente note de blog . - Fight Club  (1999, David Fincher) Le plan sur le personnage ouvrant son frigo, et filmé depuis l'intérieur de l'appareil, est devenu un poncif utilisé dans des dizaines de films. Cette vidéo en donne un entraperçu . On a arbitrairement retenu Edward Norton dans Fight Club...

Margin Call : le repas des dieux

[Post contenant des spoilers] C'est l'une des dernières scènes du film. Sam Rogers (Kevin Spacey), chef de service des traders, rejoint John Tuld (Jeremy Irons), le N°1 de la banque d'affaires. Ce dernier a décidé de vendre tous leurs actifs toxiques, quitte à provoquer une crise majeure sur les marchés. Au sommet de la tour new-yorkaise, depuis son empyrée de verre et d'acier, il mange un copieux repas, contemplant le monde des mortels ignorant encore le drame financier en train de se jouer. Rogers fait par à Tuld de ses états d'âme et de son souhait de quitter de la banque. Tuld, figure du capitalisme le plus sauvage, n'a pas l'appétit coupé. Il continue de mastiquer, expliquant que ce qu'ils font n'est pas "mal" et que cela a toujours été ainsi. Les crises se succèdent et "on y peut rien": "Il y a toujours eu et il y aura toujours le même pourcentage de gagnants et de perdants, des plus riches et des plus pauvres,...