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L'Inspecteur Harry : le flegme eastwoodien

Quel est le plus dérangeant dans cette mythique scène du premier volet des Dirty Harry où l'inspecteur interrompt son déjeuner pour stopper un braquage en cours de l'autre côté de la rue ? - Est-ce son côté quasi-suicidaire qui le pousse à affronter seul 3 malfrats au beau milieu de la rue ? - Est-ce le fait qu'il ressemble plus à un justicier qu'à un policier, provoquant le malentendu d'un "film fasciste" ? - Est-ce son sadisme gratuit ( Je sais ce que tu penses : c'est six fois qu'il a tiré ou seulement cinq ? Si tu veux savoir, dans tout ce bordel, je n'ai pas bien compté non plus. Mais c'est un Magnum 44, le plus puissant... ) envers le bandit qu'il vient de neutraliser d'une balle ?  - Est-ce le fait que les 3 malfrats soient noirs, au point que certains jugeront le film de "raciste" ? Une erreur puisque le seul "ami" que semble avoir Harry dans tout le film (ou du moins la seule personne avec qui il arrive...

The Dead don't die : coffee after death

Dans son Zombie (1978), George Romero postulait que les morts-vivants revenaient hanter des lieux où ils avaient l'habitude de passer leur temps. L'action circonscrite à un centre commercial n'était donc qu'une critique à peine voilée de l'hyper consumérisme américain des années 1970.  Depuis, la caractéristique est devenue une figure incontournable du film de zombi. "Ils sont attirés vers les trucs qu'ils faisaient avant" , rappelle l'officer Ronald (Adam Driver) dans The Dead don't die . Jim Jarmusch nous montre alors des zombies, smartphone à la main, grognant "Bluetooth", "Siri" et "Wifi". D'autres sont devant une pharmacie et marmonnent "Xanax" et "Oxy". Des enfants-zombi, errant dans une épicerie, réclament des bonbons, des snapples (une marque de thé glacé), des glaces à l'eau, des snickers, des skitters et des jouets. Une façon de critiquer à bon compte l'utra-connectivié, l...

Sugarland Express : faites un voeu !

Selon une vieille tradition remontant jusqu'aux étrusques, soit 400 av. J.-C., si deux personnes tirent sur "l'os du bonheur" (soit l'os provenant de la ceinture scapulaire des oiseaux), celle qui obtient la partie la plus longue verra son vœu réalisé. La pratique est très populaire aux États-Unis, particulièrement lors de la Thanksgiving où l'on mange de la dinde gogo. Dans Sugrland Express , premier film pour le cinéma du jeune réalisateur Steven Spielberg. Lou Jean, Michael, un couple en cavale, et leur otage le capitaine Tanner manger un poulet dans la voiture. Michael tend à sa compagne un os du bonheur. C'est Lou Jean qui gagne. On ne saura pas ce qu'elle a souhaité, mais on le devine aisément : sortir vivante de cette cavale, retrouver leur bébé placé dans une famille d'accueil et former une famille heureuse. Mais de l'autre côté, quelqu'un formule également un vœu : Steven Spielberg. Ce jeune réalisateur de 27 ans, même s'il pas...

Et l'homme créa la femme : puis il créa le robot de cuisine

Roman d'Ira Levin (auteur également de Rosemary's Baby ), The Stepford Wives raconte l'emménagement d'une photographe talentueuse et de son mari dans la petite ville fictive de Stepford, dans le Connecticut, où toutes les femmes sont des épouses soumises, incroyablement belles et étrangement amorphes... Ce roman anti-macho flirtant avec la SF a connu un tel succès que l'expression "Stepford Wife", est entrée dans le langage courant pour désigner une épouse servile, fade, et qui a stoppé sa carrière professionnelle afin de céder à tous les caprices de son mari. Et l'homme créa la femme est la seconde adaptation au cinéma de cette histoire ouvertement féministe. Le générique joue avec des images de publicité des années 1950 pour robots ménagers. En ces temps-là, les marques d'électroménager prétendaient vouloir "libérer" la femme grâce à leurs produits toujours plus modernes : batteur électrique, grille-pain aux lignes épurées, four encastr...

Copycat : devenir donut

[ATTENTION SPOILERS] Puisque la bouffe représente aisément un personnage, aux cinéastes de jouer avec. Dans Copycat , thriller des 90's qui gagne à être connu, le lieutenant Reuben Goetz est particulièrement attentionné envers sa partenaire M.J. Monahan. C'est lui qui ramène tempuras, tofu, et anguilles fumées alors qu'elle enchaîne les heures sup' au commissariat oubliant de manger. Mais M.J. n'est pas fan de la bouffe japonaise. Elle aurait préféré un cheesburger. Qu'à cela ne tienne, Reuben sort un double cheese de sa poche. Le partenaire parfait. Plus tard, toujours au commissariat, il propose à un prévenu un donut. Mais celui-ci s'empare d'un revolver, prend le lieutenant en otage et finit par le tuer. Nous avons un plan sur le visage de Reuben tombant au sol. Le plan suivant montre un donut roulant par terre. Le lieutenant Reuben est devenu un donut. La preuve, au plan d'après, on voit un brancard emporter dans une housse jaune ce qu'on dev...

Le Fondateur & Your Name : l'église au milieu du village

Sur le papier, un film sur Mc Donald's à l'air aussi appétissant qu'un Filet-O-Fish tiède. Et pourtant, Le Fondateur se place aux côtés du Social Network de Fincher dans la catégorie "grands biopics d'entrepreneurs détestables". Tout comme Zuckerberg, Ray Kroc a chipé un concept à deux autres naïfs pour le développer au-delà des espérances. Ray et Dick Mc Donald ont inventé dans leur resto de Bernardino (Californie) la rationalisation de la cuisine, permettant réduisant à 30 secondes le trajet d'un hamburger du grill jusqu'au comptoir. Fini les voiturières, service au comptoir, plus de tables ni de couverts... Le fast food était né. Ray Kroc, un modeste vendeur de machines à milkshake, sentant le potentiel, s'occupa de franchiser le restaurant à travers tous le pays, puis racheta la marque aux frangins qui ne partageaient pas cette stratégie expansionniste. Kroc croqua les deux Mac Donald et le fast-food devint roi.   "Le travail est le steak...

Neighborhood Food Drive : hipsters, fooding et startupers

Faut-il organiser une collecte alimentaire de quartier pour se refaire une image lorsque son restaurant a reçu de mauvaises critiques ? La réponse est NON si l'on en croit Neighborhood Food Drive . Dans cette comédie mordante au rythme apathique, Madeline et Naomie, deux propriétaires d'un restaurant branchouille de Chicago pensent qu'aider leur communauté en faisant une bonne action permettra de se refaire la cerise.  Pour réussir cette mission, elles agrègent un petit groupe hipsters (stagiaire, serveur, prof) comme elles. Leur vacuité fera tout le sel du film. Si chacun met un enthousiasme presque embarrassant à concrétiser cette grande fête de charité, c'est avant tout afin de combler un égoïsme émotionnel et sentimental. Ces personnages ne parlent qu'en répliques creuses, cherchent à résoudre des problèmes qui n'en sont pas, et semblent incapable d'affronter la réalité. Madeline et Naomie gèrent leur restaurant comme une startup d'application mobile...

American Psycho : frime et coulis de tomate

Ce qui est fort pratique avec le coulis de tomate, c'est que ça ressemble à s'y méprendre à du sang... Aussi, en faisant ruisseler un liquide rouge que l'on prend d'abord pour du sang avant de réaliser qu'il s'agit de sauce versée sur une assiette blanche, American Psycho annonce dès son générique d'ouverture la grande affaire du film : méfiez-vous des apparences. Elles sont évidemment trompeuses. Et la fin du film, qu'on ne rappellera pas ici, réaffirme l'idée qu'il ne faut jamais prendre pour argent comptant ce que nous raconte le narrateur. Quand bien même le film épouse son point de vue.  Poursuivons. Dans American Psycho la nourriture permet de renforcer toute l'artificialité de l'univers des yuppies new-yorkais des années 1990. Les plats nommés par les serveurs de ce restaurant chics sont, si l'on y prête attention, pas si extraordinaires : raviolis aux calamars dans un bouillon de citronnelle, profiteroles aux chèvres et cés...