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Affichage des articles associés au libellé Restaurant

Vincent, François, Paul... et les autres : vot' gigot à la con !

Est-ce parce que, tout comme Rohmer , Claude Sautet a connu la faim durant la guerre qu'il accorde tant d'importance à la nourriture dans ses films ? Brasseries, restaurants chics, cafés où une assiette de fromages ou un œuf dur sont toujours à portée de main, agapes dominicales, petits déjeuners copieux... "Un café est un havre, et je suis trop rat des villes pour m'en passer" , aime à dire Claude Sautet. Il filme souvent les repas en plans séparés, ce qui lui permet au montage une plus grande liberté pour modifier le rythme et l'intensité de la scène. La liste des scènes de bouffe chez Sautet est longue. Mais en voici quelques-unes : - "Je viens rarement dans ce genre d'endroit, mais j'ai remarqué qu'il y a plus de personnel que de clients" chuchote Emmanuelle Béart à Michel Serrault, alors que ce dernier l'a invité dans un grand restaurant, dans Nelly et Monsieur Arnaud . "C'est ce qui en fait le prix" répond alor...

Volver : la bouffe chez Almodovar

On reconnait immédiatement un film d'Almodovar par les motifs récurrents qu'il convoque : les boucles d'oreilles, les cordes, l'utilisation de la couleur rouge, les décors bleu et jaune, et bien entendu, la cuisine domestique. Dans Volver , Raimunda (Penelope Cruz) est enchaînée à sa cuisine. Quand elle rentre après une longue journée de travail, la vaisselle l'attend alors que son mari regarde le foot affalé dans le canapé. C'est dans cette cuisine que se noue le drame du film : un soir, Raimunda retrouve son mari poignardé par leur fille lorsque celui-ci a tenté d'abuser d'elle. Il faut une nouvelle fois laver le couteau, cette fois-ci maculé de sang. Mais c'est par la cuisine que Raimunda trouvera son salut. D'abord, elle cache le cadavre de son mari dans un gros congélateur du restaurant qu'un ami lui a confié la charge durant son absence. Elle décide ensuite de relancer le restaurant en accueillant une équipe de tournage pour les repas. ...

The Dead don't die : coffee after death

Dans son Zombie (1978), George Romero postulait que les morts-vivants revenaient hanter des lieux où ils avaient l'habitude de passer leur temps. L'action circonscrite à un centre commercial n'était donc qu'une critique à peine voilée de l'hyper consumérisme américain des années 1970.  Depuis, la caractéristique est devenue une figure incontournable du film de zombi. "Ils sont attirés vers les trucs qu'ils faisaient avant" , rappelle l'officer Ronald (Adam Driver) dans The Dead don't die . Jim Jarmusch nous montre alors des zombies, smartphone à la main, grognant "Bluetooth", "Siri" et "Wifi". D'autres sont devant une pharmacie et marmonnent "Xanax" et "Oxy". Des enfants-zombi, errant dans une épicerie, réclament des bonbons, des snapples (une marque de thé glacé), des glaces à l'eau, des snickers, des skitters et des jouets. Une façon de critiquer à bon compte l'utra-connectivié, l...

Perfect Sense : le goût du goût

Une mystérieuse pandémie prive l'humanité de l'odorat, puis, du goût, puis les autres sens. Comment vivre avec ? Comment l'humanité s'adapte en cas de catastrophe ?  Voici l'argument de Perfect Sense , une fable qu'on ne peut regarder sans la comparer avec notre quotidien Covid-19. Une mystérieuse voix off énonce la plus terrible conséquence de la disparition du goût : "La plus grande perte, ce sont les souvenirs. L'odeur et les souvenirs sont liés. La cannelle rappelle un tablier de grand-mère, l'odeur de foin coupé, la peur qu'on avait des vaches. Sans odeur, un océan d'images du passé disparait." Les enjeux dramatiques du film sont matérialisés à travers la relation amoureuse, à Glasgow, entre le chef de restaurant Michael et l'épidémiologiste Susan. Les scènes dans la cuisine de Michael nous rappellent alors que la nourriture, outre sa réponse à un besoin primaire, demeure une stimulation des sens. Lorsque le goût et l'od...

Soul Kitchen : amour, Heimat et panure

Sur le papier, Soul Kitchen a un goût de réchauffé : Zinos, un gentil looser, tente de garder sa copine partie s'installer à Shanghai, de tenir à flot son business et de gérer un frère voyou au cœur tendre. Mais le supplément d'âme de cette comédie vue et revue est son décor : un restaurant, le "Soul Kitchen", situé dans un quartier populaire d'Hambourg et victime de l'appétit des vilains promoteurs immobiliers - un pléonasme au cinéma. Rien ne va plus au Soul Kitchen depuis que notre héros a embauché un cuisiné archi-doué mais caractériel. La clientèle habituelle boude la nouvelle carte, préférant les plats huileux et panés d'avant... Soul Kitchen s'inscrit dans la continuité des Heimatfilms ("films de terroir"), un genre typiquement allemand qui fleurit dans les années 1950. Le Heimat , mot intraduisible en français, est le cocon, un endroit où l'on se sent bien, chez soi. Ce peut être une maison, un village, une ville, une région ou ...

Le Fondateur & Your Name : l'église au milieu du village

Sur le papier, un film sur Mc Donald's à l'air aussi appétissant qu'un Filet-O-Fish tiède. Et pourtant, Le Fondateur se place aux côtés du Social Network de Fincher dans la catégorie "grands biopics d'entrepreneurs détestables". Tout comme Zuckerberg, Ray Kroc a chipé un concept à deux autres naïfs pour le développer au-delà des espérances. Ray et Dick Mc Donald ont inventé dans leur resto de Bernardino (Californie) la rationalisation de la cuisine, permettant réduisant à 30 secondes le trajet d'un hamburger du grill jusqu'au comptoir. Fini les voiturières, service au comptoir, plus de tables ni de couverts... Le fast food était né. Ray Kroc, un modeste vendeur de machines à milkshake, sentant le potentiel, s'occupa de franchiser le restaurant à travers tous le pays, puis racheta la marque aux frangins qui ne partageaient pas cette stratégie expansionniste. Kroc croqua les deux Mac Donald et le fast-food devint roi.   "Le travail est le steak...

Neighborhood Food Drive : hipsters, fooding et startupers

Faut-il organiser une collecte alimentaire de quartier pour se refaire une image lorsque son restaurant a reçu de mauvaises critiques ? La réponse est NON si l'on en croit Neighborhood Food Drive . Dans cette comédie mordante au rythme apathique, Madeline et Naomie, deux propriétaires d'un restaurant branchouille de Chicago pensent qu'aider leur communauté en faisant une bonne action permettra de se refaire la cerise.  Pour réussir cette mission, elles agrègent un petit groupe hipsters (stagiaire, serveur, prof) comme elles. Leur vacuité fera tout le sel du film. Si chacun met un enthousiasme presque embarrassant à concrétiser cette grande fête de charité, c'est avant tout afin de combler un égoïsme émotionnel et sentimental. Ces personnages ne parlent qu'en répliques creuses, cherchent à résoudre des problèmes qui n'en sont pas, et semblent incapable d'affronter la réalité. Madeline et Naomie gèrent leur restaurant comme une startup d'application mobile...

American Psycho : frime et coulis de tomate

Ce qui est fort pratique avec le coulis de tomate, c'est que ça ressemble à s'y méprendre à du sang... Aussi, en faisant ruisseler un liquide rouge que l'on prend d'abord pour du sang avant de réaliser qu'il s'agit de sauce versée sur une assiette blanche, American Psycho annonce dès son générique d'ouverture la grande affaire du film : méfiez-vous des apparences. Elles sont évidemment trompeuses. Et la fin du film, qu'on ne rappellera pas ici, réaffirme l'idée qu'il ne faut jamais prendre pour argent comptant ce que nous raconte le narrateur. Quand bien même le film épouse son point de vue.  Poursuivons. Dans American Psycho la nourriture permet de renforcer toute l'artificialité de l'univers des yuppies new-yorkais des années 1990. Les plats nommés par les serveurs de ce restaurant chics sont, si l'on y prête attention, pas si extraordinaires : raviolis aux calamars dans un bouillon de citronnelle, profiteroles aux chèvres et cés...