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Articles

Coraline : savoir lire son plat

Les parents de Coraline n'ont pas le temps de s'occuper de leur fille. Livrée à elle-même dans cette maison étrange où la famille vient d'emménager, Coraline découvre l'existence d'un "Autre Monde" derrière une porte condamnée. Cet "Autre Monde" ressemble quasiment au sien : même maison, même parents, mais en mieux ! Le père est attentionné et la mère cuisine des bons petits plats. Toutefois, deux ou trois trucs restent un peu bizarres, comme le fait que les yeux des parents soient remplacés par des boutons... Mais Coraline est si heureuse de recevoir enfin de l'amour ! A table, le diner est un spectacle : plateau tournant remplis de plats délicieux, un train miniature apporte la sauce, et le lustre, pouvant descendre du plafond, est un distributeur de sirops. Mais attentions aux apparences ! Coraline devrait se méfier si elle regardait bien le glaçage de son gâteau. Comme le rappelle Hidden Eastern Eggs , en graphologie les personnes qui écr...

Muriel : le repas comme masque

C'est Sabine Azéma, sa dernière compagne, qui nous confie(1) les rapports particuliers d'Alain Resnais avec la table : "Je n'ai pas de convives plus gourmands et affamés que lui ! Il apprécie les plats, il aime qu'il y ait des convives et qu'on soit peu. A une grande table on ne l'entendra plus. Deux invités, pas plus, dans l'idéal. Le mieux : une personne ou un couple, parce qu'il préfère voir les gens un par un pour profiter de la personne." Resnais appartient donc, tout comme ses collègues de la Nouvelle Vague Rohmer et Chabrol, à la famille des cinéastes de la fourchette. Et cela se voit dans ses films. Prenons Muriel, ou le temps d'un retour . De nombreux plans mettent en scène le repas, en intérieur ou au restaurant. 15e minutes du film. Nous avons autour de la table : une femme et un homme qui furent amants il y a 20 ans avant de se perdre de vue; une jeune fille que l'homme fait passer pour sa nièce alors qu'elle est clairem...

La Bûche : tout savoir sur la bûche

Et la bûche ! T'as vu ce qu'elle nous a pompé avec la bûche !!! (Charlotte Gainsbourg) Trois sœurs (Sabine Azéma, Charlotte Gainsbourg et Emmanuelle Béart) immiscibles comme l'eau et l'huile se retrouvent pour le réveillon de Noël et tentent de réunir leur parents divorcés (Claude Rich et Françoise Fabian). Ajoutons une galerie d'amants, de maris, d'amis, de femmes trompées et on obtient un double-produit relevant du "film choral" et du "film de Noël." Succès populaire, césar du second rôle pour Charlotte Gainsbourg, à la revoyure La Bûche a plutôt bien vieilli. Une bûche de Noël, c'est comme une comédie : ça demande de la technique, de la subtilité, et ça provoque l'indigestion si c'est raté ou si l'on en abuse. Mais connaissez-vous son origine, à la bûche ? Elle nous vient d'Antoine Charabot, pâtissier parisien, qui l'inventa en 1879. Son collègue Pierre Lacam vendit la mèche dans Le glacier classique et artistique e...

Soul Kitchen : amour, Heimat et panure

Sur le papier, Soul Kitchen a un goût de réchauffé : Zinos, un gentil looser, tente de garder sa copine partie s'installer à Shanghai, de tenir à flot son business et de gérer un frère voyou au cœur tendre. Mais le supplément d'âme de cette comédie vue et revue est son décor : un restaurant, le "Soul Kitchen", situé dans un quartier populaire d'Hambourg et victime de l'appétit des vilains promoteurs immobiliers - un pléonasme au cinéma. Rien ne va plus au Soul Kitchen depuis que notre héros a embauché un cuisiné archi-doué mais caractériel. La clientèle habituelle boude la nouvelle carte, préférant les plats huileux et panés d'avant... Soul Kitchen s'inscrit dans la continuité des Heimatfilms ("films de terroir"), un genre typiquement allemand qui fleurit dans les années 1950. Le Heimat , mot intraduisible en français, est le cocon, un endroit où l'on se sent bien, chez soi. Ce peut être une maison, un village, une ville, une région ou ...

Le Fondateur & Your Name : l'église au milieu du village

Sur le papier, un film sur Mc Donald's à l'air aussi appétissant qu'un Filet-O-Fish tiède. Et pourtant, Le Fondateur se place aux côtés du Social Network de Fincher dans la catégorie "grands biopics d'entrepreneurs détestables". Tout comme Zuckerberg, Ray Kroc a chipé un concept à deux autres naïfs pour le développer au-delà des espérances. Ray et Dick Mc Donald ont inventé dans leur resto de Bernardino (Californie) la rationalisation de la cuisine, permettant réduisant à 30 secondes le trajet d'un hamburger du grill jusqu'au comptoir. Fini les voiturières, service au comptoir, plus de tables ni de couverts... Le fast food était né. Ray Kroc, un modeste vendeur de machines à milkshake, sentant le potentiel, s'occupa de franchiser le restaurant à travers tous le pays, puis racheta la marque aux frangins qui ne partageaient pas cette stratégie expansionniste. Kroc croqua les deux Mac Donald et le fast-food devint roi.   "Le travail est le steak...

Une Valse dans les allées : géopolitique des stocks

La belle idée d' Une Valse dans les allées , titré simplement "Dans les allées" en VO ( In den Gängen ) est son décor : les stocks d'un grand supermarché. Qui peut se douter de ce qui se trame dans cet espace aux propres logiques ? On y suit Christian, jeune homme mutique au passé trouble, durant sa période d'essai en tant que manutentionnaire. Il est affecté à l'allée des boissons. Bruno, briscard du chariot élévateur, lui apprend les ficelles du métier. On découvre alors que la zone de stocks est soumise à différents conflits. Le secteur "boisson" ne s'entend pas bien avec les "conserves", mais très bien avec la "confiserie". La "confiserie" est en bisbille avec "l'épicerie fine" et les "surgelés" - surnommés aussi "la Sibérie". "L'animalerie" est ok avec les "produits de nettoyage", mais personne ne sait pourquoi... Chaque secteur a son propre chariot éléva...

Le Voyage de Chihiro : la nourriture à tous les étages

La nourriture est indissociable des films du studio Ghibli, tant et si bien qu'en 2017 naissait sur Instagram le hashtag #GhibliFood.  Petite revue des nombreuses fonctions de la bouffe dans Le Voyage de Chihiro .   - Un péché d'orgueil Dans cette ville à l'abandon, les parents de Chihiro découvrent un stand richement garni de mets délicieux. Ils s'empressent de s'assoir et de se baffrer. La fillette est mal à l'aise et s'inquiète de ce que diront les gens du parc. "J'ai ma carte de crédit" répond le père. Les parents représentent un Japon moderne, consumériste, faisant peu de cas d'autrui. Leur orgueil (et gourmandise) sera puni puisqu'ils seront transformés en gros cochons.     - Un antidote Lorsque la nuit tombe sur le parc, Chihiro commence à disparaitre. Haku lui donne une baie à manger afin qu'elle ne se transforme pas en cochon.     - Un moyen d'échange Face au refus de Lin de s'occuper de Chihiro, le viellard-araig...