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Articles

Olivia : maths Vs. tartines

Fontainebleau, fin XIXe. Mademoiselle Julie et Mademoiselle Cara sont les deux directrices d’un pensionnat de jeunes filles. Elles forment également un couple battant de l’aile. Pensionnaires et professeures ont choisi leur camp : il y a les « pro-Cara » et les « pro-Julie ». Mais l’arrivée d’une nouvelle élève, Olivia, va bouleverser cet équilibre déjà précaire. En faisant d’Olivia sa protégée, Mademoiselle Julie provoquera chez la jeune fille des sentiments ardents... Sous ses atours de gentillet (et si pudique) film de pensionnat, Olivia est un redoutable éloge de l’homosexualité féminine. Il est signé Jacqueline Audry, flibustière du cinéma des années 50, car elle osa proposer des films féministes contestant la domination patriarcale – au lendemain de la guerre, l’homme français vaincu et occupé se doit de réaffirmer son pouvoir sur la femme et le cinéma demeure le meilleur outil pour la remettre à sa place.  Il va sans dire qu'à sa ...

Phantom Thread : omelette de la mort

Un welsh rarebit, avec un œuf poché dessus. Du bacon. Des scones. Du beurre. De la crème. De la confiture, mais pas à la fraise. Du thé, Lapsang. Et quelques saucisses.  Quand il petit-déjeune dans ce restaurant sur la côte, après avoir roulé toute la nuit, Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis), commande pour quatre. Un appétit gargantuesque tranchant avec son personnage d’austère couturier. Pourtant, la veille, lors du petit-déjeuner, Reynolds avait envoyé paître sa compagne lorsque celle-ci lui proposa une simple brioche : « N’oublie pas ce que j’ai dit, Johanna. Je ne veux plus de choses indigestes » , cingla-t-il, sans lever les yeux de son carnet à dessins. La pauvre sera congédiée le jour même. Le spectateur, lui, est prévenu : les appétits contradictoires de Woodcock Reynolds ne sont que l’élégante manifestation d’un égoïsme le plus crasse. Retour au restaurant. Alma (Vicky Krieps), serveuse, est intriguée par cet homme si chic ...

Conte de Printemps : repas bavard

Chez Éric Rohmer, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause... Mais on n’oublie pas de manger ! Car parler donne faim.  Et puis, préparer le repas n’empêche pas de causer encore et encore, comme le font Natacha et Igor dans Conte de printemps . Admirez d’ailleurs ce magnifique levé d’auriculaire d’Hugues Quester lorsqu’il coupe la tomate.   Avec Rohmer, c’est souvent à la bonne franquette. Ici, tomates, saucissons et quelques olives pour casser la graine.  D’où vient cette obsession des repas pour Rohmer ? De son enfance, explique dans cette  vidéo  sa productrice et collaboratrice Françoise Etchegaray :   « Il a eu très faim pendant la guerre. La nourriture était pour lui quelque chose de très important, parce qu’il a vraiment eu faim.  »   «  Et il a eu...

Léon : garçon, l'addition !

La scène suivante, le public ne la connaît pas. Elle est uniquement présente dans la version longue éditée en DVD en 1996 et n'a jamais été doublée. Elle est donc absente des rediffusions TV du film. Ce n'est pas une scène anodine, puis qu'elle accentue l'ambiguïté de la relation entre Léon et Mathilda. Nous sommes dans un restaurant très chic. Les deux personnages célèbrent leur premier contrat réussi ensemble : l'assassinat d'un dealer - scène également coupée de la version exploitée en salle - qui est l'occasion pour la jeune fille d'un cours sur l'art d'être une bonne tueuse à gages : Une première balle pour mettre K.O. Puis une deuxième. Par sécurité. Vers le coeur et les poumons. Jamais dans la figure.    "S'ils ne reconnaissent pas le client, tu n'es pas payé" , explique le "nettoyeur" à la fillette. Pour fêter cette mission, le duo partage une bouteille de champagne au resto. L'ambiance es...

Alien : composition tripale

  Les Japonais ont fait de l' ikebana  l'art de la composition florale. Ridley Scott, avec Alien , a élevé au rang d'art la création de monstre à partir de tripaille.  En 1979, les effets 3D ne sont encore qu'à leurs balbutiements - le visage en polygone de Peter Fonda dans  Les Rescapés du futur , sorti trois ans auparavant, pique vraiment les yeux du spectateur. Pas question pour Ridley Scott de créer ses monstres à la palette graphique. Le réalisateur britannique recourt alors aux bons vieux trucages  old school . Pour l'intérieur des oeufs, il utilise un estomac de vache. L'aspect nervuré est rendu possible grâce à des tripes récupérées par seaux entiers. Ridley Scott surnomme sa création la "dentelle de Nottingham" - la ville était autrefois fameuse pour son industrie de textile.   Quant au facehugger  sautant sur le casque de Kane, c'est simplement un estomac de mouton - "beau comme une étoffe légère" ,  commentera le ré...

Kaamelott - Le monde d’Arthur : Eat a lot

Un spectateur anglais qui découvrait Kaamelott résumait l’ensemble à des gens qui bouffent et s’engueulent – so french -, rebaptisant la série Eat a lot . C’est pas faux, comme dirait l’autre. Mais c’est (heureusement) plus subtil que ça. Kaamelott est une grande série sur l’apprentissage et comment concilier les aspirations individuelles et collectives. Effectivement, côté bouffe, on frise parfois l’indigestion. Ça mange n’importe où, n’importe quand, et en dépit de tout régime alimentaire censé. Les aphorismes culinaires de Karadoc, tels que « Le gras, c’est la vie ! » ou encore « La joie de vivre et le jambon, y’a pas trente-six recettes du bonheur ! » sont désormais cultes.  Qu’est-ce que pouvaient réellement grignoter les comédiens devant la caméra ? Dans une interview, Astier confiait que beaucoup d’endives ont été avalées pendant les prises : « Ça craque, ça fait du bruit, ça remplit la bouche. Et comme c’est de l’e...

In The Mood For Love : passion autocuiseur

On se rappelle tous de cette histoire d’adultère dans le Hong Kong chatoyant du début des années 60 : les qipaos parfaitement ajustées que porte Mme Chan (Maggie Cheung) et les volutes de fumée des cigarettes de Mr Chow (Tony Leung) ; leurs corps se frôlant au ralenti ; les scènes du quotidien dans l’immeuble communautaire où vit la diaspora shanghaïenne ; cette mousson de fin journée qui suspend le temps et fige les corps ; les regrets d’un amour manqué accompagnés par le violon mélancolique du Yumeji’s Theme composé par Shigeru Umebayashi. Mais tout cela devait être un film légèrement différent.  Wong Kar-wai avait plutôt en tête un film centré sur une invention technologique révolutionnant la société chinoise : l’autocuiseur.  Dans l’une des versions du scénario, la femme de Mr. Chow était une écrivaine talentueuse. Elle demeurait confinée à la maison pour s’occuper des repas, activité ô combien chronophage. Au début du film...