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Articles

Green Book : je ne suis pas ce que je mange

Tony Lip (Viggo Mortensen) a un sacré appétit. Il a un jour mangé quarante-huit cheeseburgers lors d’un concours et, suite à un pari, il se fait 50$ en avalant vingt-six hot-dogs - avec toppings - en moins d'une heure.  La nourriture tient une place centrale dans son quotidien et dans les lettres qu’il écrit à sa femme, il ne raconte pas grand-chose excepté le menu du dernier repas.  Il est aussi un homme simple : quand on lui demande un avis sur le plat dans son assiette, il se contente de répondre «  salé... » . Si l'on se moque de ce jugement à l'emporte-pièce, le gourmand rappelle une évidence : « saler, c’est tricher. Tout chef peut saler. Que ce soit bon sans sel, c’est la difficulté. » Tony Lip, de son vrai nom Vellelonga, est aussi un Italien jusqu’au bout de la fourchette. Il raffole des spaghettis-boulettes préparés par sa femme et se bouffe dans le lit une pizza entière qu’il plie en deux.  En cette année 1...

Laurel et Hardy - de la soupe au caviar : anglais de cuisine

Rions un peu avec nos amis d’outre-Atlantique. En Anglais, a salad undressed est une salade sans vinaigrette. Aussi, quand on demande à Laurel de servir aux riches convives une salade without dressing , il prend l’ordre au sens littéral. Le voilà qui sert les feuilles de salade, à la main, uniquement habillé de son maillot de corps.  Poursuivons ce petit cours d’anglais spécial nourriture. Le titre en VO du sketch est from soup to nuts une expression traduisible par « du début jusqu’à la fin », « de A à Z », « entièrement ». Les latinistes repenseront à la locution ab ovo , tirée du proverbe ab ovo usque ad mala  : « depuis l’œuf jusqu’à la pomme », ce qui devait évidemment être le repas typique d’un Romain. Pourquoi alors l’idiome américain évoque des noix ( nuts ), plutôt qu’un fruit, du fromage, un biscuit ou un whisky ? Parce qu’au moment où cette expression apparaît, milieu du XIXe siècle, le repas chez...

La Fureur de vivre : got milk?

Au cinéma, le lait est généralement associé à l'enfance et au réconfort. Quelques films se sont toutefois amusés à pervertir cette boisson à la blancheur optimiste. Dans Alien , le robot Ash suinte un liquide blanchâtre et lorsqu'il est décapité, des petit jets de lait sortent de son cou - symbole éjaculatoire évident.  Kubrick est allé encore plus loin avec Orange Mécanique  en faisait du lait la boisson de la violence extrême : entre deux tabassages, Alex et son gang se retrouvent au Korova Milk Bar pour s'enfiler des grands verres de lait rehaussé au speed.  Venons-en à La Fureur de vivre.  James Dean y est un ado bagarreur, mal dans sa peau, sans raison évidente de vivre - un  Rebel without a cause  titre le filme en VO. Après avoir participé à une course de voitures volées où son adversaire à trouvé la mort, précipité du haut d'une falaise, James Dean rentre chez lui secoué. Dans le salon, son père s'est endormi dans le fauteuil. James d...

Les Visiteurs : l’art de (pas) bien se tenir à table

« Ou sont les poulardes ? J’ai faim ! Où sont les veaux, les rôtis, les saucisses ? Où sont les fèves, les pâtés de cerf ? Qu’on ripaille à plein ventre pour oublier cette injustice ! Y’a pas quelques soissons  (1)  avec de la bonne soivre (2) ? Un porcelet ? Une chèvre en rôti ? Quelques cygnes blancs bien poivrés ? Ces amuse-bouches m’ont mis en appétit !!! » Pendant que le comte Godefroy de Montmirail (Jean Réno) beugle son menu idéal en tapant sur la table, son serviteur Jacquouille la Fripouille (Christian Clavier) perce l’opercule de son yaourt avant de l’engouffrer à la main, s’en barbouillant le visage.  Quelques scènes avant, Jacquouille se servait de la salade avec les mains avant de recracher le tout. « Pardonnez ce maroufle, mais il est si triste d’apprendre qu’un gueux possède Montmirail » , justifiait le comte.     S’ensuit les ver...

Olivia : maths Vs. tartines

Fontainebleau, fin XIXe. Mademoiselle Julie et Mademoiselle Cara sont les deux directrices d’un pensionnat de jeunes filles. Elles forment également un couple battant de l’aile. Pensionnaires et professeures ont choisi leur camp : il y a les « pro-Cara » et les « pro-Julie ». Mais l’arrivée d’une nouvelle élève, Olivia, va bouleverser cet équilibre déjà précaire. En faisant d’Olivia sa protégée, Mademoiselle Julie provoquera chez la jeune fille des sentiments ardents... Sous ses atours de gentillet (et si pudique) film de pensionnat, Olivia est un redoutable éloge de l’homosexualité féminine. Il est signé Jacqueline Audry, flibustière du cinéma des années 50, car elle osa proposer des films féministes contestant la domination patriarcale – au lendemain de la guerre, l’homme français vaincu et occupé se doit de réaffirmer son pouvoir sur la femme et le cinéma demeure le meilleur outil pour la remettre à sa place.  Il va sans dire qu'à sa ...

Phantom Thread : omelette de la mort

Un welsh rarebit, avec un œuf poché dessus. Du bacon. Des scones. Du beurre. De la crème. De la confiture, mais pas à la fraise. Du thé, Lapsang. Et quelques saucisses.  Quand il petit-déjeune dans ce restaurant sur la côte, après avoir roulé toute la nuit, Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis), commande pour quatre. Un appétit gargantuesque tranchant avec son personnage d’austère couturier. Pourtant, la veille, lors du petit-déjeuner, Reynolds avait envoyé paître sa compagne lorsque celle-ci lui proposa une simple brioche : « N’oublie pas ce que j’ai dit, Johanna. Je ne veux plus de choses indigestes » , cingla-t-il, sans lever les yeux de son carnet à dessins. La pauvre sera congédiée le jour même. Le spectateur, lui, est prévenu : les appétits contradictoires de Woodcock Reynolds ne sont que l’élégante manifestation d’un égoïsme le plus crasse. Retour au restaurant. Alma (Vicky Krieps), serveuse, est intriguée par cet homme si chic ...

Conte de Printemps : repas bavard

Chez Éric Rohmer, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause, on cause... Mais on n’oublie pas de manger ! Car parler donne faim.  Et puis, préparer le repas n’empêche pas de causer encore et encore, comme le font Natacha et Igor dans Conte de printemps . Admirez d’ailleurs ce magnifique levé d’auriculaire d’Hugues Quester lorsqu’il coupe la tomate.   Avec Rohmer, c’est souvent à la bonne franquette. Ici, tomates, saucissons et quelques olives pour casser la graine.  D’où vient cette obsession des repas pour Rohmer ? De son enfance, explique dans cette  vidéo  sa productrice et collaboratrice Françoise Etchegaray :   « Il a eu très faim pendant la guerre. La nourriture était pour lui quelque chose de très important, parce qu’il a vraiment eu faim.  »   «  Et il a eu...